6.1 LE ROLE DE LA FEMME
DANS LA CONDUITE D'ELEVAGE D'MAN DANS LA PALMERAIE DE FEZOUATA
Depuis des temps immémoriaux, la femme et l'homme ont participé
cote à cote à la réalisation des activités
économiques diverses. Cependant le taux de leur participation
varie selon des paramètres socio-démographiques complexes
d'une part et la nature des activités exercées d'autre
part. Ainsi certaines activités sont complètement
dominées par l'un au détriment de l'autre (Tissage
de tapis = femmes, Poterie = hommes) et d'autres sont plus au moins
partagées avec cependant une division minutieuse des taches
(agriculture par exemple).
L'étude du rôle de la femme dans
la conduite de l'élevage D'Man, à partir du cas de
la cuvette de Fezouata, nous permettra de mettre en relief le taux
de participation de la femme et les diverses variations liées
tantôt à des facteurs sociaux tantôt à
d'autres géographiques.
Le domaine de l'étude coïncide avec
la cuvette de Fezouata, Vallée du Dra, dont l'altitude moyenne
est d'environ 700 m. Elle est limitée au Sud et à
l'Est par le Jbel Bani, au Nord par le Jbel Tadrart, à L'Ouest
par les Jbels d'Adafane, de Zagora et d'Amergou. La cuvette s'ouvre
sur son environnement avoisinant par des cols dont les principaux
sont Foum Zagora et celui de Taquât. Elle s'étend sur
102.000 ha répartis de la manière suivante:
- l'oasis de Fezouata (3800 ha irrigués).
- les forêts désertiques à base d'acacia
radiana plus au moins dégradés (2900 ha).
- les parcours steppiques présahariens exploités
pour des fins pastorales et pour satisfaire les besoins de consommation
en bois de chauffe (95.400 ha).
La diversité des unités écologiques
présente des potentialités relativement riches, exploitées
entre autres par un élevage conduit selon des modes différents.
Sur le plan humain, la cuvette de Fezouata abrite
environ 30.000 habitants. La population est composée de groupements
socioculturels différents: les Draoua, les Ait Atta, les
Arabes Maaquil, les Mrabtines et les Chorfa pratiquant à
des degrés différents l'élevage ovin.
Ampleur et types d'élevage pratiqué
dans la cuvette de Fezouata
Outre les cultures, l'élevage constitue
l'une des ressources principales de la population de la cuvette
de Fezouata. L'effectif total du cheptel s'élève à
13762 têtes dont 97% sont composés essentiellement
de petits ruminants (57% ovins et 40% caprins,) voir tableau ci-dessous
(1).
Bovins Ovins Caprins Total
Effectif 381
| |
Bovins |
Ovins |
Caprins |
Total |
| Effectif |
381 |
7881 |
5600 |
13762 |
| % |
3% |
57% |
40% |
100% |
Les ovins sont composés essentiellement
de la race D'man qui a perdu beaucoup de ses performances et ses
caractéristiques à cause de la mauvaise conduite et
le manque d'entretien d'une part et de la méconnaissance
des éleveurs des exigences de la race d'autre part. En général,
l'élevage est pratiqué sous quatre modes de conduite
différents:
Le premier système est l'oasien qui est
stable et se base essentiellement sur les cultures fourragères
en particulier la luzerne verte ou sous forme de foin, et les sous
produits de l'agriculture tels que la paille et les déchets
de dattes. L'utilisation des parcours est très réduite.
A l'opposé du système oasien, qui
peut être qualifié d'intensif, le système pastoral
semi-nomade est conduit d'une manière extensif basée
essentiellement sur les ressources pastorales et concerne l'élevage
caprin Rahali en premier lieu, les dromadaires et les ovins Rahali
en nombre très réduit.
Un troisième système, a été
identifié aux zones périphériques au long des
montagnes où se sont installés surtout les berbères
nomades (Feija, Anagam et Tiguida). Ce système peut être
qualifié d'agro-pastoral "mixte" du fait qu'il
regroupe au niveau de la même exploitation un petit nombre
d'ovin D'Man conduit selon le mode oasien et un troupeau caprin
et parfois dromadaire conduit selon le mode extensif semi-nomade.
Ce dernier troupeau est souvent confiée à tour de
rôle aux jeunes hommes de la famille qui se déplacent
entre les piémonts du Bani à la recherche de pâturage.
La partie du troupeau conduite selon le mode oasien prélève
l'essentiel de ses besoins des aliments produits dans l'exploitation
ou achetés. Le complément est cherché dans
les parcours.
Un quatrième système pastoral nomade
transhumant, peut être distingué mais son analyse et
sa description reste très difficile et peu significative
du fait de sa nature très aléatoire et fortement dépendante
des conditions climatiques.
Participation de la femme à la conduite
de l'élevage D'Man
En dépit de l'importance et de la lourdeur
de ses taches domestiques et agricoles (recherche du bois de feu
et de l'eau potable, préparation des repas, éducation
des enfants, moisson etc...) la femme Fezouatia intervient particulièrement
à la conduite de l'élevage ovin. Ainsi elle participe
activement au fauchage des cultures fourragères, au désherbage
des céréales, au broyage des déchets de dattes,
à l'abreuvement des ovins et à la distribution des
aliments. En plus de ces opérations la femme est appelée
à intervenir pour porter aide aux brebis au moment des mises
bas difficiles, d'une part et présenter les premiers soins
vétérinaires en cas de problème sanitaire (diarrhée,
intoxication, etc..) d'autre part sans oublier bien entendu sa participation
dans certains cas à la tonte du troupeau.
Seuil de contribution de la femme à la conduite
de l'élevage
Sur la base des enquêtes réalisées auprès
de 1430 foyers répartis sur 10 villages on constate que 86
% de la population en âge d'activité participe à
l'élevage. Cependant le taux de participation varie selon
le sexe, la contribution des femmes est supérieure (58 %)
à celle des hommes (42 %) et consiste essentiellement en
l'alimentation et l'abreuvement, le fauchage et le transport de
la luzerne, le broyage de déchets de dattes, en hiver le
fauchage de l'orge et le pâturage qui est effectué
surtout par des filles non-scolarisées (filles 43%, femmes
28 %, hommes 11 %, garçons 18 %).
Le pâturage, l'alimentation et l'abreuvement
sont des taches quotidiennes exécutées par les femmes.
Les autres activités sont liées à la disponibilité
de la luzerne. Pendant le repos végétatif, le fauchage
et le transport de la luzerne sont substitués par d'autres
travaux, notamment le broyage des déchets des dattes, le
désherbage des céréales, et le fauchage de
l'orge.
La contribution de l'homme à l'élevage
D'Man est moins importante par rapport à celle de la femme
et se résume essentiellement en l'achat des aliments pendant
l'hiver, l'acquisition et la vente de têtes au souk local
le semis de la luzerne et de l'orge, l'abattage des céréales,
l'évacuation du fumier des animaux, et la tonte.
Les activités de l'homme en matière
d'élevage D'Man se distinguent considérablement de
celles de la femme. Les activités de l'homme portent sur
des activités commerciales telles que la vente, l'achat des
animaux et des aliments. Les activités au niveau de l'exploitation
se concentrent autour de la culture de la luzerne et des céréales.
Variation de la contribution féminine
selon les groupes socioculturels
La part de chaque groupe social à l'élevage
varie également. Cette variation est liée aux t spécificités
des groupes en question ainsi que leurs possibilités économiques.
Le tableau suivant montre la répartition de chaque groupe
socioculturel dans l'oasis de Fezouata ainsi que leur portion à
l'élevage (selon les échantillons prises, n= 330):
Variation du taux de participation selon les villages:
Comparé à l'effectif de l'ensemble de la population,
hommes et femmes, participant à l'élevage ovin, le
taux de participation des femmes est de 58% cependant ce taux moyen
connaît des variations à l'échelle villageoise
allant de 52%, cas de la Feija de Imssoufa (zone hors palmeraie
dominée par des berbères Aït Atta), à
82 % à Agrour (intérieur de la palmeraie, dominé
par des Draoua). Ainsi on constate d'une part que le taux de participation
de la femme dans cette activité est toujours supérieur
ou égal à 50% et d'autre part que les variations intervillageoises
énormes sont liées essentiellement à la diversité
socio-spatiale.
| |
Draoua |
Ait Atta |
Chorfa |
Mrabtin |
Autre |
Total |
| Représentativité sociale |
54% |
28% |
8,8% |
4,5% |
4,6% |
100% |
| Portion à l'élevage total |
46% |
37% |
3% |
7% |
7% |
100% |
La nature des travaux effectués varie selon
l'appartenance socioculturel. Ainsi l'action des femmes appartenant
aux groupes des Chorfa et Mrabtine s'arrête à l'intérieur
de la maison et concerne uniquement les opérations de broyage
des déchets de datte, la distribution des aliments et l'abreuvement
du cheptel alors que celle des Attaouiates et Draouiates concerne
en plus des actions sus citées le pâturage, le fauchage
du fourrage et son transport.
Chez les Chorfa et Mrabtin, ce sont des ouvriers métayers
et les khammas qui exécutent les travaux des hommes, excepté
la commercialisation. Toutefois, cette distinction est en train
d'être bouleversée avec la croissance du pouvoir économique
des groupes autrefois marginalisés.
Conclusion
Les observations sur le terrain ont permis de
confirmer le rôle important de la femme dans la la conduite
quotidienne de l'élevage D'Man. Cependant, l'importance de
la contribution des femmes variée selon plusieurs critères
d' ordre social et spatial et dépend également du
degré de savoir faire des femmes en matière d' élevage.
Un développement de l'élevage ovin D'Man est donc
tributaire à l'amélioration des connaissances et du
cadre de vie de la femme .
(1) recensement effectué par l'ORMVAO, 1996
Par:Fatima RACHID et Rabia RACHIH
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