III. LEÇONS ET ENSEIGNEMENTS :
Les différents ateliers d’évaluation
et de relecture de l’expérience de l’ADEDRA
ont permis de retenir les leçons et enseignements suivants
:
3.1 Investir En Priorité
Dans Les Ressources Humaines :
Cette option s’est révélée
particulièrement payante à tous les niveaux; au
niveau des membres physiques de l’ADEDRA d’abord,
lesquels grâce à l’investissement formation
consenti sont devenus le moteur même de recherche de démarches
et d’approches plus appropriées aux conditions de
la région du Dra moyen. Ensuite, le renforcement des capacités
organisationnelles des associations membres de l’ADEDRA
et d’une cinquantaine autres associations locales a permis
à celles ci de mieux fonctionner et surtout de prendre
davantage conscience de leur rôle pour promouvoir l’autopromotion
des communautés villageoises. La réussite de ces
actions de renforcement des capacités des acteurs/bénéficiaires
leur a permis de croire en leurs propres capacités en vue
de conjuguer davantage leurs efforts pour réaliser de nouvelles
actions visant l’amélioration des conditions de leur
existence.
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3.2 Se Former En Travaillant
:
La notion de formation est entendue ici comme
une transformation de l’ensemble du projet de coopération
ou de collaboration en une situation d’apprentissage permanent
pour tous. A ce propos, l’échec ou la réussite
de l’action elle même importe peu ou du moins vient
en second lieu ;il s’agit de s’interroger sur ce que
chaque membre du groupe a appris de nouveau ,sur ce qui a marché
ou n’a pas marché et pourquoi et comment on peut
faire ou mieux refaire une telle action ?…En partant de
ces interrogations chacune des actions entreprises dans le Dra
moyen devient une école : la construction des barrages
de dérivation des eaux, la réalisation de reboisement,
la fixation des dunes de sables,… chacune de ces actions
comme tant d’autres a formé, parmi la population
et parmi les intervenants extérieurs, des experts en la
matière, experts capables, en tous cas, de reproduire les
mêmes actions en évitant les erreurs déjà
vécues et en intégrant les acquis de l’action
passée.
La formation dans l’action ou l’idée
d’apprentissage évoque certes en premier lieu l’idée
d’un apprentissage palpable à travers lequel les
personnes apprennent à manipuler des objets et des techniques.
Mais en réalité, l’apprentissage est ici multiple
dans la mesure où toute action est réfléchie
en terme d’organisation, de dimension sociale, de conséquences
politiques ou du coût économique. La formation action
ou l’action/école sert à renforcer les capacités
de tous les intervenants.
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3.3 Mobiliser Les Compétences
Locales :
Les compétences locales individuelles
et/ou associatives dynamiques et engagées, au niveau des
villages sont à mobiliser et à impliquer davantage
dans les opérations de développement. Tout effort
de développement doit s’appuyer en premier sur les
dynamiques locales en place. La création forcée
des institutions de base est à éviter. Cette forme
de création constitue dans la plupart des cas une solution
provisoire dont la durabilité dépend étroitement
du créateur. Tout soutien externe doit se limiter à
des séances d’information et de formation dans l’action
sur des thèmes se rapportant aux démarches et à
l’importance de l’organisation et de l’action
associative. Les manières liant la création de l’association
à la mise en place de projets sont à éviter.
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3.4 Favoriser La Responsabilisation Et Réduire
L’intermédiation :
Les schémas actuels de développement
sont caractérisés par la multitude des intermédiaires
entre les groupements de base et leurs partenaires principaux
: on se retrouve souvent en face de deux voire trois intermédiaires.
Cette hiérarchie des intermédiaires casse la logique
du projet entrepris d’une part. D’autre part, elle
limite les possibilités de renforcement des capacités
des groupements de base dont le rôle est souvent réduit
à la fourniture de la main d’œuvre. Plus grave
encore cette prolifération d’intermédiaires
témoigne du développement d’un système
de captage pour ne pas dire de détournement de l’aide
extérieure destinée à l’origine aux
groupements de base. La continuité d’une telle logique
aboutira à terme à la reproduction du modèle
bureaucratique pourtant longtemps reproché à l’administration.
Il est clair que tout développement en dehors de la responsabilisation
complète du groupe cible est voué à l’échec.
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3.5 Respecter La Singularité
Et La Pluralité Des Communautés :
Les qsour à l’image de l’ensemble
de la vallée sont aujourd’hui de véritables
carrefours ethnique, linguistique, culturel,… recelant un
capital social, extrêmement riche en matière d’expériences
et de savoir faire local, qu’il faudrait respecter en tenant
compte à la fois de la singularité et de la pluralité
de chaque communauté.
· Admettre la singularité des
communautés :
En dépit de leur appartenance apparente
à un même environnement géographique et à
un vécu historique plus ou moins partagé, les différentes
communautés de la vallée du Dra moyen, se présentent
comme des entités singulières disposant chacune
de ses propres caractéristiques voire de sa propre identité
en fonction des éléments ou groupes sociaux qui
la composent, des rapports de force entre ces groupes, de leur
système de cohabitation et d’interpénétration
et des potentialités et données propres aux terroirs.
A titre d’illustration, la langue dominante change non seulement
d’une région à l’autre mais d’une
communauté à une autre. Une diversité similaire
se retrouve au niveau des expressions artistiques, des pratiques
quotidiennes soulignant ainsi suffisamment que chaque communauté
se présente comme une situation singulière interdisant
toute uniformisation aveugle en terme d’approches.
· Reconnaître la pluralité
des communautés :
La prudence nécessaire pour éviter
la généralisation d’une communauté
à une autre doit également être présente
lors du travail avec une même communauté. En effet,
les communautés du Dra moyen sont encore souvent présentées
comme un tout homogène fonctionnant sur des bases égalitaires
et d’entraide. La réalité est que dans cette
région, pourtant de très vieilles traditions sédentaires,
la population est segmentée en différents groupes
humains (ethniques ou sociaux) hiérarchisés et traversés
par une multitude de contraintes relationnelles. Les distinctions
sociales de principe sont relayées par des inégalités
de fait liées aux restrictions des échanges matrimoniaux,
à l’appropriation de l’eau, de la terre ou
d’autres moyens de production, impliquant des conflits d’intérêts,
des luttes d’influence, des alliances et des soumissions.
Aussi toute intervention extérieure non avertie risque-t-elle
de nier cet aspect pluriel. Toutefois cet aspect pluriel ne nie
pas la cohésion qui répond aux impératifs
de l’exploitation et de la mise en valeur d’un espace
donné : des groupes hétérogènes cohabitent
un même village et mettent en valeur un même terroir.
La valorisation et l’exploitation de ce
riche capital social nécessitent non seulement une bonne
connaissance du milieu mais aussi une intervention consciente
susceptible de mobiliser les forces présentes pour un développement
plus adapté.
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3.6 Insérer
Les projets Dans Une Logique De Développement Soutenable
:
Les approches partielles (par village, par catégorie
socio démographique ou par secteur d’activité..)
ne permettent pas de garantir une mobilisation générale,
seule en mesure d’assurer un développement global.
Aussi, la concentration des actions sur des groupes ou des espaces
bien déterminés et l’exclusion d’autres
risquent de porter atteinte à la cohésion sociale
et de provoquer des déséquilibres géographiques.
A titre d’exemple, les opérations d’alphabétisation
lancées uniquement auprès des hommes et la non maîtrise
de leurs effets pervers risquent de peser lourdement sur la cohésion
de la communauté et l’accentuation des inégalités.
De même, la question du développement
doit être traitée dans une vision à long terme
libérée des pressions partisanes et des opportunités
conjoncturelles. Aussi, ses grandes lignes doivent faire l’objet
d’un pacte local, régional et ou national, selon
les niveaux traités. Le plan de développement villageois
constitue à notre avis un excellent point de départ
dans ce sens.
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3.7 Tenir Compte De
La Nature Des projets Exprimées :
On constate de grands écarts de participation
en fonction de la nature des actions initiées soit par
le groupe ou soit de l’extérieur. A priori, les actions
offrant des avantages immédiats ou ayant des incidences
directes sur la vie quotidienne de la population, telles que l’alimentation
en eau potable, l’électrification… ou celles
ayant trait aux équipements collectifs telle que la construction
de voies d’accès, d’écoles,… semblent
mobiliser plus facilement les populations que les actions relatives
à la protection de l’environnement et à la
gestion des ressources naturelles. Cette attitude est également
liée à une hiérarchisation des priorités
des concernés qu’il faut prendre en considération.
Somme toute, il s’agit de concilier les priorités
des uns et des autres en fonction des moyens disponibles d’une
part, et les intérêts à court et à
long terme d’autre part. Les actions entreprises doivent
être en mesure d’offrir directement ou indirectement
à tout un chacun des avantages (appartenance au groupe,
services, accès aux flux,…).
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3.8 Harmoniser Les
Approches :
La pluralité des intervenants (Administration,
bailleurs de fonds, associations intermédiaires etc.) et
des approches appliquées conduit inéluctablement
à la désorientation des groupes cibles. Pour faire
face à cette situation, il est souhaitable de créer
des cercles de concertation entre les différents intervenants
en vue d’harmoniser les approches et coordonner les actions.
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3.9 Opter Pour Des Techniques
Appropriées Et Maîtrisables :
Indiscutablement les techniques adoptées
hypothèquent en partie la réussite et la durabilité
des actions entreprises. Ces techniques doivent être à
la fois appropriées, adaptées et maîtrisables
par les populations. A cet effet, les savoir-faire locaux, riches
d'enseignements, et les techniques locales, fruits d’expériences
séculaires, sont à mettre en valeur et à
développer et de ne recourir qu’en cas de besoin
aux techniques développées ailleurs moyennant des
adaptations.
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